Chronique « Esprit de femme » – Par Cécile Canivet

Des journées à rallonge, des nuits courtes, la peur de ne pas faire les bons choix, Azélie (de son prénom de baptême) possède tout l’éventail des angoisses et du « stress » des mamans en activité professionnelle. Mais quel est le secret de Zélie ?

Zélie Martin est proche de nos préoccupations contemporaines : celle qui a donné la vie à cinq vocations religieuses (dont une sainte et docteur de l’Eglise), n’a pourtant pas remisé sa vie professionnelle au placard. Bien au contraire, au fil des années, son entreprise prospère, grandit, « s’étoffe » en même temps que sa famille.

Femme sensible et droite

Pas de développement personnel, de coaching ou de bilan de compétences, Zélie intuitive et travailleuse fonce avec ses talents de manager, de mère de famille et d’épouse aimante. Tant et si bien que son époux cède sa boutique pour la suivre. Pourtant Zélie n’est pas émancipée ou carriériste. Elle vit comme une maman désireuse d’assurer le meilleur avenir pour ses enfants.

Car Zélie est une maman avant tout. Une mère qui a des peurs, des craintes bien légitimes devant une médecine rudimentaire ; une mère qui souffre, elle perdra quatre de ses enfants. Mais madame Martin n’est pas madame « tout le monde ». Elle détient ce secret de force intérieure qui lui permettra d’avancer pas à pas dans le tumulte d’une vie bercée par les surprises souvent funèbres.

Notre dentellière a tissé sa vie dans le ciel

Zélie, à bien y réfléchir, elle est loin d’être moderne… Elle est prophétique ! Sa vie est simple comme une tunique sans couture. Elle semble ne pas connaître le relâchement ou le relativisme, ni ces fréquents « jokers » que nous brandissons lorsque nos emplois du temps s’avèrent trop chargés. Elle ne connaît pas non plus ces questionnements contemporains qui nous instillent la modération y compris dans nos élans de piété. Elle a l’étoffe de ces héros trempés dans un acier sans alliage. Pas de demi-mesure pour les Martin !

Car notre dentellière est plus soucieuse d’inscrire son présent dans l’éternité de Dieu que de tergiverser sur son avenir… même si elle affirme parfois être lasse de ce travail. De fait, quelque soit la « météo » de son âme et la lourdeur des journées, elle demeure en immersion totale dans la grâce sacramentelle : « Ce matin, je dormais en m’habillant, je dormais presque en marchant, je dormais à la première messe, à genoux, debout, assise, en priant…» (1) . Zélie a confectionné pour nous ce fil de piété immuable qui nous conduit de la terre au ciel : pour une dentellière, rien de surprenant ! •

(1) Louis et Zélie Martin, Correspondance familiale, 1863-1885, éd. du Cerf, lettre 156.

Article paru dans Zélie n°2 (octobre 2015)