Les années 70 et 80 recèlent bien des trésors télévisuels qui ont plus ou moins façonné l’idéal féminin. Les premiers téléfilms de l’époque présentaient la femme comme le fleuron de la réussite : elle est une « super woman » affranchie des réalités ménagères. Elle a le talent (non négligeable !) de dénicher de méchants agents soviétiques, d’éviter une guerre bactériologique ou de découvrir les manuscrits de la Mer Morte à l’aide d’une épingle à cheveux et d’une lentille de contact…

Pourtant, une question purement «existentielle » taraudait nos esprits de téléspectateurs rationnels : comment peut-elle être toujours impeccable ? Ou comment arrive-t-elle à peaufiner son brushing entre deux guerres froides ?

Le mythe étant un peu trop « carton pâte » pour être enviable, l’héroïsme féminin évolua doucement vers un autre type de perfection : comprenons que notre amazone était toujours agent secret … mais que son activité d’espionnage lui laissait, cette fois-ci, le temps de remplir le frigo ! Forcément, elle bouillonnait d’imagination pour gérer les crises internationales entre le fromage et la poire, tout en restant joviale et disponible pour ses enfants. Bref, la femme complète et parfaite sur tous les plans !

Cela prêterait à sourire si ce mythe de perfection ne continuait pas à imprégner nos idéaux de mamans. A la maison, au bureau, en paroisse, nous avons enfoui au fond de nous ce désir d’incarner la perfection « clé en main ». Et nous entamons la période de l’Avent comme un sprint qui prendrait fin à la messe de minuit. Nous voici prises dans les mailles de cette vieille lutte intestine entre activisme héroïque et sainteté. « Le héros est celui qui arrive à vaincre (de ses propres forces). Le saint, au contraire, est celui qui laisse Dieu triompher en lui » écrit le Père Marie-Eugène de l’Enfant Jésus commentant la vie de la petite Thérèse.

« Délivre-moi de la perfection que je veux me donner, ouvre-moi à la sainteté que tu veux m’accorder » clame saint Augustin. Dans un ouvrage qui a fait date, le père André Daigneault parle des « chemins de l’imperfection » comme une voie de sainteté. Car, dit-il : « …nos propres forces sont réduites si elles ne sont pas sans cesse imprégnées par l’amour de Dieu. »
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