« Chérie, tu n’as pas vu mes chaussettes ? » Le tri des chaussettes fait partie des tâches ingrates du quotidien. Mais il s’agit aussi d’un précieux indicateur de charité.

Les chaussettes ont de quoi vous donner le tournis entre les trouées, les perdues, les décolorées, les dépareillées, celles dont les élastiques fatigués vous tombent sur le pied. Et la pire : la socquette introuvable roulée en boule sous le lit. Celle-ci vous transforme une heure de ménage en spéléo ! Quel génie inventera un jour le radar à chaussettes ?Car la chaussette est un mystère : elle est rebelle.

Prenant le problème à bras-le-corps, j’ai fait un micro-trottoir devant l’école. Parents supra-organisés ou pas, le problème est général et les solutions ne courent pas les rues. Il y a le filet individuel qui nécessite une implication de toute la famille (pas gagné). Il y a les étiquettes thermocollantes qui demandent un travail de titan tout au long de l’année (pas idéal), d’autant que mon mari rechigne à voir son nom collé sur ses chevilles quand il va au bureau. D’autres, enfin, adoptent la formule pince à linge avant lavage. Bref, pour tous, c’est un souci.

Comme une foule de petits détails du quotidien, la santé des chaussettes est le baromètre de mon implication auprès de mes proches. Quand je suis absorbée pour de bonnes ou de mauvaises raisons (le travail, ou le bénévolat en tout genre), je remets à plus tard ces tâches ingrates. Jusqu’à un cruel constat : le frigo est vide, je n’ai plus de linge propre et repassé, ou il n’y a plus de pain pour demain… Ces « petits détails » me rappellent désespérément à l’ordre.

Car justement, il y a un ordre dans la charité. Elle va toujours du particulier à l’universel. « Je me tourne avec amour vers le frère que je connais aujourd’hui, et par là, j’apprends d’avance à aimer le frère qui m’est inconnu… », souligne le cardinal J.H. Newman, dans L’Amour des parents et des amis. Et ce petit geste est toujours le tremplin vers un amour plus large. Pas facile de mettre de côté ses grandes aspirations humanitaires pour enfourner un gigot. De même pour la chaussette, c’est le petit rien qui change tout. Pas très glamour, mais précieux ! Rien de très noble en apparence, mais indispensable. Car l’amour se faufile aussi jusqu’au fin fond du bac à linge.

Cécile Canivet

Art. FC 15/09/2014