Manifester pour protéger la nature avait jadis un petit goût de Woodstock.

Pantalon en lin taille XXL, et coiffure  en pagaille, certains écologistes ont laissé derrière eux une image de hippies aux vapeurs bizarroïdes de cigarettes à l’eucalyptus.

Quelques années plus tard, les actions médiatiques s’enchainent et s’impriment dans nos esprits: Du Rainbow warrior au fauchage d’OGM en passant par le sauvetage des bébés phoques sur la banquise.

Autrefois qualifiée de rétrograde ou anarchiste, l’ Action « protection de la nature » est de plus en plus cotée. Jusqu’à devenir presque consensuelle : Le monde agricole se met au Bio, l’industrie cultive les  pastilles à économie d’énergie, et les politiques « s’évertuent » à montrer patte blanche à leurs homologues verts (ce qui impose parfois quelques grands écarts). Pour un peu, nous arriverions même à signer de grands traités internationaux… mais tous n’est pas si rose.

Bref, souci de l’environnement ou simple argument de vente, le vert gagne des voix. Voix des villes ou voix des champs qu’importe, on se sent tous concernés ! Au fond, nous avons tous une âme de commandant Cousteau, de Nicolas Hulot pour crapahuter « télévisuellement » sur le Kilimandjaro, ou flâner « catodiquement » sur les rives du Mékong. (blottis dans nos couvertures polaires 100% polyester.). C’est amusant : les héros des temps modernes ont changé. Ils ne sont plus des « Bio-ioniques» mais… biodynamiques !

Dans cette « biosphère », sait-on vraiment où se situe l’Eglise ? Certains affirment que ses positions sont trop rares sur le sujet. Aurait-elle besoin de se mettre au vert ? De se labelliser bio ? Une excursion dans les textes scripturaires et magistériaux (voir encart ci-contre) permet de réaliser un léger tri sélectif de nos idées préconçues, tout en dressant un tableau plutôt d’avant garde sur le sujet.

Plus de doute, derrière les collèges épiscopaux del Vaticano  se cachent des âmes d’écolos. Pourtant, pas question de faire de l’écologie une nouvelle  philosophie  à la mode… voir  La « religion » des temps modernes ( aux allures de religions antiques dans lesquelles les éléments sont divinisés.) Car, si la création est une œuvre d’art, elle n’est pas une fin en soi.

Aussi, respecter la nature, c’est tout à la fois, une façon de louer le créateur et d’exercer la charité  (sur une planète aux richesses en péril ou mal distribuées. ) Alors, du jardin d’Eden aux jardins ouvriers, n’est-il pas étonnant de voir que le corpus de notre Foi intègre aussi nos espaces verts ?

Quelques références ecclésiales sur le sujet!

La terre est au service de l’homme.[1].  Il y a une domination de l’homme sur la nature…

Mais, attention, cette domination « n’est pas absolue »[2]. Elle doit prendre en compte son prochain et le bien des générations  à venir.

En bon gestionnaire de la création,  l’homme doit veiller à la pérennité des biens reçus….

Ainsi qu’à la bonne répartition des richesses. Ce que l’on appelle la destination universelle des biens: « Les biens de la création doivent équitablement affluer entre les mains de tous. » souligne le Concile[3].

Paul VI renchérit dans l’exhortation apostolique Popularum Progressio « tout homme a donc le droit d’y trouver ce qui lui est nécessaire(…) »[4]

Jean Paul II en 1991, affirme que l’homme doit développer mais pas trahir l’ordre de la création.[5]

 

Article : "De Woodstock à Wallstreet" paru dans le revue Eglise de Saint Etienne en décembre 2012


[1] Gen 1,28 « Emplissez là et soumettez là »

[2] CEC 2415.

[3] Vatican II, Gaudium et Spes, n°69, &1

[4] Paul VI. Popularum Progressio 22 ; 1967

[5] Jean-Paul IICentissimus Annus