(dernière chronique de la revue Eglise de Saint Etienne….)

Passage au supermarché. Frigo oblige. Les grilles ne sont pas encore totalement levées et voici que des chariots s’avancent comme une course de chars de l’Antiquité. Le tout-venant vient puiser le nécessaire alimentaire et le superflu. Mon regard se dirige alors vers cette maman et son enfant perché sur son caddy, les mains tendues pour saisir des milliers de produits hors de sa portée. Il est petit, ne parle pas bien encore, mais sait très bien se faire comprendre… il ne maîtrise pas l’art de la syntaxe mais pleinement l’art du caprice.  Je le regarde avec amusement amorcer un mouvement du bras en direction d’un paquet de gâteaux.

«  ‘Veux un gâteau !!! » dit-il. Sa maman, prévoyante, sort de sa poche un goûter et cantonne selon un rituel bien établi :   « Qu’est-ce qu’on dit ?… C’est quoi le mot magique ?  »

Ah !  Ce mot magique !

 Comme les enfants, nous oublions souvent ces petites formules supposées ponctuer nos phrases et nos actes. Petites formules aux pouvoirs étonnants qui rendent nos relations humaines fructueuses et, tel un trousseau de clés, nous ouvrent toutes les portes. Cela semble un minimum syndical, un jeu d’enfant de dire un simple « s’il te (vous) plaît » ou un petit « merci », et pourtant…

Pour dire vrai, Dieu connaît bien nos « s’il te plaît », beaucoup moins nos « mercis ». On les oublie déjà dans la vie courante  alors, pensez-vous, dans la vie spirituelle …. Il ne nous vient pas à l’idée de louer le Seigneur pour «  frère Soleil » à la manière d’un Saint François d’Assise. Et naturellement, il nous paraît presque inconcevable de rendre grâce dans une période de deuil. Cela est tout aussi surnaturel de faire de la gratitude une règle de vie tel le Père de Foucault dans son acte d’abandon: « Quoique tu fasses, je te remercie !».

Le mot MERCI est dense dans les émotions qu’il suggère et si petit dans sa formulation. Il nous faudrait des formules longues… des formules moins calibrées capables d’exprimer toute la diversité et la profondeur de ce qui nous habite. Cinq modestes lettres pour dire des réalités si différentes : les mercis enjoués après un gros cadeau de Noël, les mercis pudiques d’une amitié fidèle, les mercis un peu forcés, gorge nouée, suite à une correction fraternelle…

Alors avant de conclure cette aventure dans la revue « Eglise de Saint Etienne », je me lance moi aussi dans l’exercice. Par ces cinq lettres qui en disent long, je vous dis un immense  MERCI !!!!

Merci au service communication, merci aux lecteurs chevronnés pour ces années avec vous dans la revue. Merci de votre confiance, de vos remarques amusées, et des rencontres fortuites que cela a provoquées. Ces rendez-vous mensuels m’ont donné un cœur plus ecclésial.  Petit à petit, au fil des mois, il s’est produit un petit changement intérieur. Je l’avoue c’est comme si doucement, patiemment le sens de l’Eglise s’était réveillé dans mon âme[1].

Merci…