On ne la voit même plus… Elle est pourtant si familière. Elle occupe nos tables basses et nos canapés (et nous rend dingues quand elle n’est plus à sa place). Ce grand progrès de l’humanité nous permet …de changer de chaîne tout en restant allongé : La télécommande est donc ce petit objet simple et révolutionnaire qui depuis tant d'années contribue à faire « évoluer » notre comportement en « zapper » compulsif. Une nouvelle manière de se rouler les pouces.

Car depuis son arrivée  en effet, nous sommes des consommateurs effrénés, et nous nous baladons de chaîne en chaîne, du reportage de guerre au télé-achat, de l’émission culinaire aux chaînes parlementaires, c’est un sacré méli-mélo sans hiérarchie qui nous déforme à défaut de nous informer… C’est le grand Zapping ! On zappe comme on sautille de flaque en flaque, comme on saute de case en case sur un jeu de marelle. Ou beaucoup moins bucolique, comme un drogué en manque de sa dose d’images. Nous glissons frénétiquement de l’essentiel jusqu’au plus sensationnel.
 
À la vitesse d’une arme automatique, les images s’enchaînent. C’est « l’actu » à vif, en une minute top chrono voici  le résumé abrupt de l’info agrémentée d’images chocs, sans distinction, sans réflexion. Puis, à défaut d’approfondir, nous visualisons sans cesse les mêmes images que l’on répète en boucle. C’est la tendance intronisée par les feuilletons à grande écoute et à maigre scénario, qui, à l’heure de la digestion, rediffusent inlassablement des plans fixes sur fond mélodique (ou soporifique). C’est ce que le philosophe Lucien Sfez1 nomme le « tautisme ». Ce nom bien étrange nous vient du mot « tautologie » (on ne cesse de répéter). Tout comme les images des tours jumelles qui ne cessent de s’écrouler, ou les prises d’otages visionnés en boucle. Mais le « tautisme » vient aussi de mot autisme, dans la mesure où ce nouveau système de communication nous isole les uns des autres.

Le zapping est devenu, par extension, un art de vivre. Nous attribuons une valeur forte et très positive au changement. Il faut être dans le « moove », c’est plus « fun » ! Il faut changer de vie, découvrir de nouvelles spiritualités. Pourtant notre intelligence ne peut se contenter de ces changements perpétuels, elle a besoin de liens pour se construire, d’une histoire pour s’enraciner et de stabilité pour se développer. L’Eglise, institution bimillénaire, au message éternel, est-elle amener à suivre ce mouvement ? Comment situer notre Foi face au changement ?

Monseigneur Rodhain, apôtre de la charité, dresse quelques croquis de ce qui est immuable et de ce qui s’adapte au cours du temps (2). De la bougie à l’électricité en passant par la lampe à huile : les modes d’éclairages s’adaptent au cours du temps pourtant la lumière (dans ces caractéristiques physiques) ne change pas. Il en est de même pour l’Evangile.
Pas de « spiritual’zapping » chez les cathos, pas de perpétuel changement d’idéal… de régime… de philosophie ou d’azimut mais une évolution constante et renouvelée le Christ.
Ainsi, dans un double mouvement, notre cœur est amené à passer du  variable à l’invariable et nos pauvres actions doivent passer de l’immobilisme à la fertilité.

     

Images empruntées sur le net

 

 

1 Le concept de « tautisme », Documents Episcopat, Eglise et les medias, n°5/2012, p 15.

2 Luc Dubrulle, Monseigneur Rodhain et le Secours catholique, Desclée de Brouwer, 2008, p 574,575,576.